Charles de Foucauld 1858 - 1916

 

 

Echos de sa vie

Par quel miracle la miséricorde infinie de Dieu m’a-t-elle ramené de si loin ?   (14 août 1901)

Une grâce intérieure extrêmement forte me poussait (14 août 1901)

Je viens d’être ordonné prêtre et je fais des démarches pour aller continuer dans le Sahara la vie cachée de Jésus à Nazareth. (14 août 1901)

 

Echos de son témoignage

Je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui. (14 août 1901)

Je devais donc imiter la vie cachée de l’humble et pauvre ouvrier de Nazareth. (14 août 1901)

Lire, relire, méditer l’Evangile et s’efforcer de le pratiquer. (14 août 1901)

Une charité fraternelle et universelle partageant jusqu’à la dernière bouchée de pain avec tout pauvre, tout hôte, tout inconnu se présentant, (23 juin 1901)

et recevant tout humain comme un frère bien-aimé. (23 juin 1901)

 

Le témoignage de Charles de Foucauld, message pour aujourd’hui

Dieu est si grand ! il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n’est pas Lui ! (14 août 1901)

Ici je suis le confident et souvent le conseiller de mes voisins. (8 janvier 1913)

Se sentir entre les mains du Bien-aimé, et de quel Bien-aimé, quelle paix, quelle douceur, quel abîme de paix et de confiance ! (27 février 1904)

C’est le travail préparatoire à l’évangélisation, la mise en confiance, en amitié, apprivoisement, fraternisation… (17 juin 1904)

 

Echos de sa vie

  

La vie de Charles de Foucauld, à bien des points de vue, n’a pas été une vie ordinaire, mais le dynamisme qu’elle révèle est éloquent. Quelques moments de son histoire, porteurs en eux-mêmes d’un message, méritent d’être mis en évidence : ce sera le but de ce résumé biographique.

Il sera suivi d’une brève synthèse des intuitions qui l’ont conduit et qui se dévoilent à celui ou à celle qui désire le fréquenter, pour peu que l’on se donne la peine de percer le sens de ses comportements et de ses activités, ce qui exige d’entrer dans sa correspondance et dans ses écrits spirituels. Il faudra donc aussi parler de l’actualité de ce témoin et de la fécondité de son charisme, dont témoignent les groupes qui hier et aujourd’hui ont marché sur ses pas.

Des citations de ses notes personnelles et de ses lettres souligneront les différents aspects de son message. Les phrases d’introduction qui servent de sous-titres sont extraites des lettres qu’il a adressées entre 1901 et 1916 à un de ses amis, Henry de Castries.

 

Par quel miracle la miséricorde infinie de Dieu m’a-t-elle ramené de si loin ?   (14 août 1901)

Charles de Foucauld est né à Strasbourg (France) le 15 septembre 1858. Il a une sœur Marie, de trois ans plus jeune que lui, qui épousera en 1884 Raymond de Blic. Les deux enfants deviennent orphelins en 1864. Charles a alors six ans. Son grand-père maternel le recueille avec sa sœur et se charge de leur éducation. Après la guerre de 1870 et l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne, il choisit pour eux la nationalité française et vient habiter à Nancy.

Charles continue ses études au lycée de cette ville. La formation chrétienne de son enfance lui permet de faire une fervente Première Communion en 1872, mais elle ne va pas être assez solide pour l’aider dans son adolescence et, à partir de 1874, il perd la foi. Ayant choisi de devenir militaire, il prépare son entrée à l’Ecole de Saint-Cyr où il est admis en 1876. Sous-lieutenant de cavalerie, il mène une vie assez désordonnée, ce qui ne l’empêche pas de se montrer courageux dans les opérations militaires auxquelles il participe dans l’ouest de l’Algérie.

En 1882, il donne sa démission de l’Armée et entreprend l’année suivante un voyage d’exploration dans le Maroc. La réussite de cette périlleuse expédition qu’il réalise en onze mois, déguisé en rabbin et plongé dans le monde musulman, lui vaut honneurs et estime et lui ouvre les portes du monde des géographes et des explorateurs.

 

Une grâce intérieure extrêmement forte me poussait (14 août 1901)

Mais il est habité alors par une quête religieuse. Sous l’influence discrète de sa famille qu’il a retrouvée à Paris, il cherche à avoir des cours de religion et demande l’aide d’un prêtre pour être éclairé sur la religion catholique. Il parle à ce prêtre, l’abbé Huvelin, à la fin octobre 1886, à l’église Saint-Augustin à Paris. Au lieu de lui donner un cours de religion, le prêtre, qui le guidera désormais, l’invite à se confesser et à communier : pour Charles c’est la conversion, un moment de grâce qui va le transformer pour la vie. Résolu de ne plus vivre désormais que pour ce Dieu de Jésus-Christ qui est venu à sa rencontre, il fait, à la demande de son père spirituel, le pèlerinage de Terre Sainte. Il y découvre quelle fut la vie humble et cachée de Dieu incarné dans la personne de Jésus, pauvre ouvrier à Nazareth. Attiré par le désir de l’aimer et de l’imiter de toutes ses forces, il décide de se faire moine trappiste.

Entré au monastère de Notre-Dame-des-Neiges en 1890, en vue d’aller s’enfouir pour toujours dans une pauvre Trappe de Syrie, il cherche à avancer de plus en plus dans l’imitation de la vie de Jésus à Nazareth. Six ans plus tard, il demande à quitter la Trappe ; on le lui accorde et en février 1897, il est autorisé à suivre sa vocation personnelle.

Suivant le conseil de l’abbé Huvelin, il se rend à Nazareth, demande à loger à la porte du couvent des Clarisses et se fait leur domestique. Il vit ainsi en ermite dans la prière, la pauvreté et la recherche de la volonté de Dieu sur lui. Au bout de trois ans, ayant pris comme devise IESUS CARITAS (Jésus Amour) et comme emblème un Cœur surmonté de la Croix, son désir d’imiter Jésus dans sa Charité universelle lui fait accepter la perspective du sacerdoce. Il s’y prépare à la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges et, le 9 juin 1901, il est ordonné prêtre du diocèse de Viviers : c’est pourquoi il sera béatifié avec la qualification de « prêtre diocésain ».

 

Je viens d’être ordonné prêtre et je fais des démarches pour aller continuer dans le Sahara la vie cachée de Jésus à Nazareth. (14 août 1901)

Pour faire rayonner l’Amour, la Charité divine, et porter la présence eucharistique aux pauvres des régions non-évangélisées, il pense aller au sud du Maroc, où il a voyagé autrefois, et s’établit pour cela à Beni-Abbès, aux confins algéro-marocains. En bordure de cette oasis, il construit non pas un ermitage mais une fraternité, c’est-à-dire une maison ouverte à tous : chrétiens, musulmans, juifs…Il veut être pour chacun un frère et un ami. Disponible aux pauvres, rachetant des esclaves, accueillant aux soldats de la garnison, donnant l’hospitalité aux voyageurs de passage, il passe, dans la nuit et tôt le matin, de longues heures à la prière. Sur le mur de la chapelle, derrière l’autel, il a dessiné une grande image du Sacré-Cœur « étendant ses bras pour embrasser, serrer, appeler tous les hommes et se donner pour tous ». Il voudrait voir arriver à la Fraternité des compagnons pour rayonner ensemble la Charité et l’Evangile, pour vivre à plusieurs en « petits frères du Sacré-Cœur de Jésus » selon un Règlement qu’il a rédigé à Nazareth. Il souhaite de même l’arrivée de « petites sœurs » qui témoigneraient par leur accueil et par les soins donnés de la bonté du Cœur de Jésus. Mais personne ne viendra. Et le projet vers le Maroc ne pourra pas se réaliser.

En 1904, il peut, grâce à un ami officier, se rendre dans le sud algérien. Il sait qu’il est le seul prêtre en mesure d’aller chez les Touaregs et de prendre contact avec leurs tribus encore plus délaissées que la population de Beni-Abbès. Il voit là un signe de Dieu, et Mgr Guérin, le premier préfet apostolique du Sahara, accepte son installation au Hoggar. Charles se fixe en 1905 à Tamanrasset, seul Européen dans ce village d’une vingtaine de huttes abritant quelques familles touarègues. Les débuts sont difficiles et les conditions de vie sont rudes. Peu à peu, il se fait admettre et ce sont ces mêmes Touaregs qui l’aident lorsqu’il tombe malade. Il restera seul dans ce qui est son « Nazareth », mais d’être seul au milieu des gens lui paraît bon : « on y a de l’action, même sans faire grand chose, parce qu’on devient du pays, on est si abordable et si tout petit ». Il apprend leur langue pour se faire proche d’eux, pour les comprendre et les reconnaître dans la dignité et les valeurs de leur propre culture. Pour protéger et conserver le dialecte du Hoggar, il réalise, en voulant rester anonyme, un travail linguistique et scientifique unique et considérable. En 1911, il passe cinq mois sur le plateau de l’Assekrem, dans un lieu où il espérait voir beaucoup de monde. Dans le contexte de son temps, utilisant au mieux les ressources apportées par la nation colonisatrice qu’est la France, il cherche sans cesse à promouvoir le progrès humain, intellectuel et moral des habitants du désert, les préparant ainsi à découvrir un jour ce qui fait le secret de sa vie religieuse. Il veut qu’en France on partage cette responsabilité, et il envisage en ce but une « confrérie » qui unirait toutes les bonnes volontés chrétiennes dans un grand réseau au service des régions en cours de développement et non touchées par le message évangélique. Venu en France à trois reprises pour exposer et lancer son projet, il pensait y revenir en 1915, mais la guerre de 1914 le maintient au Sahara.

Les répercussions du conflit européen se font sentir jusque là-bas. Peu à peu monte une rébellion contre la présence de la France. Des tribus manifestent une volonté d’émancipation, tandis que d’autres cherchent à profiter des circonstances pour reprendre les razzias. Conscient du danger, Charles de Foucauld reste sur place pour protéger la population et servir l’avenir de ce qui est devenu « son pays ». En 1916, il construit une maison fortifiée qui servirait de refuge pour les gens de Tamanrasset en cas d’attaque, et, à la demande de ses voisins, il vient y habiter.

C’est là qu’il est surpris par un groupe de rebelles au soir du 1er décembre 1916, saisi dans un guet-apens, et ligoté pendant qu’on pille sa demeure. Son jeune gardien de 15 ans paniqué par l’arrivée soudaine de deux soldats tire sur lui à bout portant. Charles de Foucauld meurt, victime isolée d’une violence locale… D’autres, ce soir-là, tombent sur les fronts de la première guerre mondiale.

 

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Echos de son témoignage

Le message délivré par Charles de Foucauld est contenu dans ce qu’il a vécu, dans ce qu’il essayé de faire. Il est aussi dans les nombreuses pages qu’il a rédigées et où il a laissé s’exprimer la saveur de son expérience spirituelle. Près de 100 ans après sa disparition, on est loin d’avoir inventorié toute la richesse de son témoignage. Il est permis cependant d’en repérer certains éléments majeurs présentés ici brièvement sous quelques citations de ses lettres à son ami Henry de Castries :

 

Je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui. (14 août 1901)

Ce qui est premier depuis sa conversion jusqu’à la fin de sa vie, c’est la fidélité absolue, et sans aucune reprise, à l’amour passionné qu’il donne à Jésus. Charles avait la chance d’avoir un cœur capable d’aimer jusqu’à l’extrême. Dès qu’il est mis par grâce en présence du mystère de Dieu vivant en Jésus-Christ, il devient brûlant d’amour pour lui. Cet amour pour Jésus, son « bien-aimé Frère et Seigneur », n’avait d’ailleurs rien d’un sentiment dans lequel il se serait plongé avec délices narcissiques ; cet amour était une volonté. Moins de cinq mois avant sa mort, il écrit : « L’amour consiste, non à sentir qu’on aime, mais à vouloir aimer ». Cette volonté d’aimer Jésus l’amène à son imitation, à vouloir penser, dire et faire ce que Jésus aurait pensé, dit et fait dans les diverses circonstances de la vie. Charles de Foucauld résume bien son projet spirituel dans ces lignes de 1902 à son ami de lycée Gabriel Tourdes : « L’imitation est inséparable de l’amour, tu le sais : quiconque aime veut imiter. C’est le secret de ma vie : j’ai perdu mon cœur pour ce JĒSUS de Nazareth crucifié il y a 1900 ans et je passe ma vie à chercher à L’imiter autant que le peut ma faiblesse ».

 

Je devais donc imiter la vie cachée de l’humble et pauvre ouvrier de Nazareth. (14 août 1901)

La figure de Jésus qui le séduit et qu’il veut imiter, c’est celle de « l’Ouvrier, fils de Marie » (cf. Marc, 6, 3) vivant à Nazareth la vie simple et ordinaire de ses contemporains et de ses compatriotes. Il est particulièrement frappé par l’abaissement qui entoure l’Incarnation du Fils de Dieu : « Dieu, l’Etre infini, le Tout-Puissant se faisant homme, le dernier des hommes ». A partir de cette découverte qui est une grâce de révélation qui lui est faite, il parle ainsi de ce qu’il ressent comme étant son appel, sa vocation : « J’ai bien soif de mener enfin la vie que je cherche depuis plus de sept ans, que j’ai entrevue, devinée, en marchant dans les rues de Nazareth que foulèrent les pieds de notre Seigneur, pauvre artisan perdu dans l’abjection et l’obscurité. » et il se donne ce programme de vie : « Pour moi, chercher toujours la dernière des dernières places, pour être aussi petit que mon Maître, pour marcher avec Lui, pas à pas, en fidèle disciple, pour vivre avec mon Dieu qui a vécu ainsi toute sa vie et m’en donne un tel exemple dès sa naissance. »

 

Lire, relire, méditer l’Evangile et s’efforcer de le pratiquer. (14 août 1901)

Le contact que Charles de Foucauld désire avoir en permanence avec Celui qui est son « Modèle Unique », son Frère bien-aimé dont il veut être le « petit frère », se réalise de façon privilégiée par son amour de l’Evangile et de l’Eucharistie. Il a passé de longs moments à lire et à méditer l’Evangile où il retrouve les paroles et les exemples de Jésus qu’il veut imiter et suivre par amour, et il conseille à ses amis de mettre dans leur vie ces moments d’intimité avec le Seigneur : « Il faut tâcher de vous imprégner de l’esprit de Jésus en lisant et relisant, méditant et reméditant sans cesse ses paroles et ses exemples : qu’ils fassent dans nos âmes comme la goutte d’eau qui tombe et retombe sur une dalle toujours à la même place... ». Il a aussi passé de longs moments devant le St Sacrement où sa foi lui dit que Jésus est présent avec toute sa puissance de salut pour le monde. Ainsi Charles de Jésus a-t-il été fidèle à ces « deux tables » où, selon la foi de l’Eglise, Jésus continue sa présence au milieu des siens “tous les jours jusqu’à la fin des temps”.

 

Une charité fraternelle et universelle partageant jusqu’à la dernière bouchée de pain avec tout pauvre, tout hôte, tout inconnu se présentant, (23 juin 1901)

Passionné d’amour pour Jésus, Charles aime en même temps, avec toutes les qualités de son cœur et de son intelligence, les personnes qui lui sont proches, celles qu’il peut rencontrer, mais aussi celles qu’il ne connaît pas mais dont il devine la détresse matérielle ou spirituelle, voulant aimer tous ses frères en humanité. A l’exemple de Jésus, le Frère universel de tous les humains et le Sauveur universel venu appeler les pauvres, les malades et les pécheurs à une Vie neuve et bienheureuse, Charles de Foucauld oriente sa vie au service des hommes. C’est pour ce service qu’il accepte de recevoir l’ordination sacerdotale et qu’il va aller de préférence vers « les âmes les plus malades, les brebis les plus délaissées ». Il dira : « Ce banquet divin, dont je suis le ministre, il fallait le présenter non aux frères, aux parents, aux voisins riches, mais aux plus boiteux, aux plus aveugles, aux âmes les plus abandonnées, manquant le plus de prêtres. »

 

et recevant tout humain comme un frère bien-aimé. (23 juin 1901)

Ce Jésus Sauveur qu’il a rencontré, dont il sait par expérience combien il a transformé sa vie, ce Jésus au Cœur brûlant d’amour qui s’est révélé à lui à travers la compréhension silencieuse et la bonté discrète de personnes de son entourage, Charles de Foucauld sait qu’Il est le Sauveur universel, qu’Il appartient à tous, que tous, universellement, ont droit de Le connaître, et tout particulièrement les plus éloignés de cette espérance en Jésus. Il veut être « missionnaire » de ce Jésus, et de la manière dont il a été lui-même le premier bénéficiaire, vivant donc lui aussi cette « bonté » : « Mon apostolat doit être l’apostolat de la bonté. En me voyant on doit se dire : “Puisque cet homme est si bon, sa religion doit être bonne.”…Je voudrais être assez bon pour qu’on dise : “Si tel est le serviteur, comment donc est le Maître !”». Pour aller à chacun et à tous avec bonté, il veut voir en tout humain Jésus, tout homme étant une présence de Jésus aussi vraie que sa Présence réelle dans l’Eucharistie. Ce désir le conduit à des attitudes concrètes : il veut « devenir du pays », parlant avec les Touaregs dans leur langue, participant à leur style de vie et à leurs coutumes, souhaitant leur progrès dans un mieux-être matériel et moral. Il privilégie les chemins qu’il découvre dans la vie cachée de Jésus, et dans ses « abaissements » qui vont jusqu’à l’anéantissement de la Croix. Il ne cherche pas de résultat immédiat, laissant à Dieu le soin de convertir à la foi chrétienne, peut-être dans « des siècles », dit-il. Il désire enfin que beaucoup de chrétiens à travers le monde annoncent l’Evangile de cette manière, proche et discrète,« en ayant avec tous bonté et affection fraternelle, en rendant tous les services possibles, en prenant un contact affectueux, en étant un frère tendre pour tous… »

 

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Le témoignage de Charles de Foucauld,

message pour aujourd’hui

Ce message spirituel laissé par Charles de Foucauld, message qu’attestent, et sa béatification, et sa postérité spirituelle, est d’une profonde richesse pour notre temps. Pour le proposer aujourd’hui, on peut prendre quelques aspects de son témoignage qui paraissent correspondre davantage à la sensibilité actuelle et que nous pouvons illustrer par d’autres citations de ces mêmes lettres à Henry de Castries :

Dieu est si grand ! il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n’est pas Lui ! (14 août 1901)

Charles de Foucauld est un homme qui a toujours cherché à sortir des sentiers battus, en véritable créativité, au point d’avoir, surtout dans sa jeunesse,un goût certain pour la provocation. Or dans l’événement décisif que fut sa conversion, on peut dire que c’est Dieu qui est venu le provoquer, en se mettant sur sa route. Son voyage au Maroc était déjà comme un défi que l’aventurier se lançait à lui-même et à ceux qui le connaissaient ; et Dieu l’avait pris au mot en lui permettant d’être touché par le choc des croyants de l’Islam : « L’Islam a produit en moi un profond bouleversement…la vue de cette foi, de ces âmes vivant dans la continuelle présence de Dieu, m’a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines: “ad majora nati sumus” (nous sommes nés pour des choses plus hautes) »

Une mystérieuse tension entre ces deux « partenaires », lui et son Dieu, devait ainsi marquer tout son itinéraire spirituel. L’essentiel de la sainteté de Charles de Foucauld ne consisterait-il pas dans ce difficile apprentissage de la confrontation à l’Autre et de l’abandon continuel à Lui ? N’est-ce pas là l’histoire de toute liberté humaine face au Dieu de Jésus-Christ ?

Avec ses limites personnelles, avec des tâtonnements et des évolutions, qui montrent que la sainteté est une montée incessante vers la Perfection qui est en Dieu seul, Charles de Foucauld est tout proche de notre mode d’être : les changements, les renouvellements, les recommencements sont des traits déterminants de la culture contemporaine.

 

Ici je suis le confident et souvent le conseiller de mes voisins. (8 janvier 1913)

Une autre caractéristique de sa sainteté, c’est le concret et le réalisme de son engagement d’homme, repris, transformé et soulevé par le souffle et le feu de l’Esprit. Charles de Foucauld est toujours très engagé et très « présent » dans les situations où il vit. C’est quelqu’un qui entre à plein dans ce qu’il voit ou écoute, dans ce qu’il décide et entreprend, dans ce qu’il comprend des questions qui arrivent. Il s’insère dans son aujourd’hui avec une intensité exceptionnelle. Il le fait avec toutes ses compétences intellectuelles, avec toutes ses capacités techniques, avec son appréciation juste des situations et des besoins : c’est ainsi par exemple, qu’il enseigne aux femmes à tricoter, qu’il fait venir des semences pour les jardins de Tamanrasset… Il le fait avec son tempérament propre, parfois avec des excès dus à sa nature, à son passé, et à sa formation, mais toujours avec conviction, bonne volonté, ardeur et courage. Avec ces prédispositions intérieures, on ne s’étonne pas qu’il ait été attiré par la vie de Nazareth : Jésus s’y était signalé par la prise en compte, totale et lucide, de l’ordinaire, du quotidien, de l’humain, du réel.

Déjà avant d’être converti, le jeune Charles manifestait cette orientation de vie ; la grâce de la conversion n’a pas détruit sa nature, mais en a élevé les tendances. Sa manière à lui de devenir un saint a été de pousser très loin ce réalisme de la vocation humaine dynamisée par l’Amour ; sa sainteté porte en elle des marques de simplicité, de vérité, d’authenticité ; elle témoigne de ce que peut faire l’Amour divin en quelqu’un qui veut vivre à fond l’expérience de l’existence humaine commune.

 

Se sentir entre les mains du Bien-aimé, et de quel Bien-aimé, quelle paix, quelle douceur, quel abîme de paix et de confiance ! (27 février 1904)

Charles utilise un langage affectif, mais plein de saveur évangélique, sur Jésus, sur le Sacrement de l’Eucharistie, sur le Sacré-Cœur, sur l’Eglise. Il voit en l’Eglise l’Epouse de Jésus qui désormais parle en son nom ; il reprend souvent ces paroles de Jésus à ses apôtres et à leurs successeurs : « Qui vous écoute, M’écoute ! ». Charles de Foucauld propose ainsi un visage, aimable et proche, du Dieu de Jésus. Il rappelle l’humilité des signes par lesquels Dieu se donne à nous, sans triomphalisme, mais dans la bonté et la beauté de Jésus qui va jusqu’au bout de l’Amour : sa mort en croix et son côté ouvert confirment qu’“il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime” ».

Mais ce n’est pas seulement par son discours que Charles de Foucauld nous dit Dieu incarné en Jésus de Nazareth et nous aide à revisiter les Evangiles, c’est aussi par l’exemple de sa vie.

S’il adore Jésus présent dans l’Eucharistie, il le contemple aussi dans les pauvres auxquels Dieu en Jésus de Nazareth s’est identifié. Il se met fraternellement au service de ces « petits » dont parle Jésus, et nous renvoie ainsi à la qualité de nos relations et de nos rapports avec les autres. Il nous rappelle que “tout ce qui est fait à un petit, c’est à Jésus qu’on le fait, et tout ce qu’on omet de faire au prochain, c’est à Jésus qu’on le refuse”.

Plein d’une ardeur missionnaire qui embrasse loin et large, mû par une volonté de fraternité et de service, il ressent, face à ces tâches, ses propres faiblesses. Sans cesse en projet, il connaît des échecs, comme il connaît aussi les difficultés de la prière, et celles de la nuit spirituelle. Et lui qui, dès son enfance, avait éprouvé de grandes souffrances et de vives blessures, mourra douloureusement, dans la solitude et sans résultat apparent.

Ces deux expériences, celle d’une vie fraternelle à partager avec tant d’hommes et de femmes au destin difficile, et celle d’une vie d’épreuves à recevoir comme la Croix « où nous étreignons Jésus qui y est attaché », sont toujours sur nos routes et sur la route de l’Eglise. Elles font partie du projet de vie de tout chrétien appelé à être « un Evangile vivant ».

 

C’est le travail préparatoire à l’évangélisation, la mise en confiance, en amitié, apprivoisement, fraternisation…(17 juin 1904)

Charles de Foucauld a choisi une terre difficile pour être missionnaire, à contre-courant d’une recherche de réussite, d’efficacité, de fécondité. Cette fécondité, il le sait, elle est dans la Croix de Jésus, dans la faiblesse des moyens humains. Il vivra la mission comme une passion, dans les deux sens de ce mot : il accepte de donner sa vie jusqu’à mourir comme le grain mis en terre, et il aime passionnément Jésus, dont il voudrait « crier l’Evangile sur les toits », et les hommes ses frères, dont il veut être sauveur avec Jésus.

Le mystère de l’Evangile auquel il se ressource souvent est celui de la Visitation. Il aime contempler cette scène : Marie, dès qu’elle a reçu Jésus en elle, va le porter chez sa cousine Elisabeth, et Jésus, encore dans le sein de sa mère, sanctifie Jean-Baptiste avant sa naissance. Charles aussi veut se rendre « en hâte » vers ceux à qui il veut faire connaître l’Amour, « comme Jésus est allé à eux en s’incarnant ». Il croit au rayonnement caché de l’Eucharistie où Jésus se donne pour la vie du monde ; il devient lui-même, par son engagement, comme une présence vivante de ce pain partagé pour nourrir les pauvres et les petits. Il privilégie le dialogue, le respect de l’autre et de son patrimoine culturel et religieux. Il imagine même un réseau fraternel de tous les baptisés : des prêtres, des religieux, des religieuses, des laïcs, qui seraient volontaires pour une vie simple selon l’Evangile, et pour une prise en charge responsable des « plus délaissés ». Il souhaite à chacune et à chacun de ces volontaires de l’Amour d’avoir un cœur de « frère universel » comme Jésus, dans l’enracinement et l’engagement concret de leur « Nazareth ».

Toutes ces priorités qu’il met en œuvre spontanément sur le terrain de sa mission saharienne peuvent fournir un nouvel élan à la vocation missionnaire aujourd’hui. Nous ne sommes plus dans le contexte historique dans lequel Charles de Foucauld voulait vivre en « frère universel », mais on peut s’inspirer de ses intuitions à l’heure du dialogue interreligieux, de la mondialisation, du partenariat : aujourd’hui encore, pour défendre les droits de l’homme, il n’est pas inouï de mourir pour la justice ; aujourd’hui encore, certains acceptent de rester là où existent des fractures sociales, ethniques, religieuses, et d’autres optent pour partager la misère des victimes des disparités économiques,…y compris dans ces pays d’ancienne chrétienté qui sont tout autant « pays de mission ».

 

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Texte rédigé par

- Le Postulateur

- Les responsables des différents groupes de la Famille Spirituelle Charles de Foucauld

- Les Amitiés Charles de Foucauld.

Dernières modifications : le 23/11/2005